Le silence est-il toujours d’or en milieu scolaire ? Pas nécessairement. À l’ISFEC Bourgogne Franche-Comté, nous accompagnons les enseignants vers une gestion dynamique du climat de classe où le silence absolu laisse place, lors de temps spécifiques, au « bon bruit ». Ce bruit constructif est le signe d’élèves engagés, qui collaborent, confrontent leurs idées et co-construisent leurs savoirs. Mais pour que ce bourdonnement reste un levier pédagogique et non une source de fatigue, il doit être régulé avec intention et outils adaptés.
Clarifier et graduer : les niveaux de voix
Le premier pas vers une gestion sonore réussie consiste à définir ce qu’est le « bon bruit ». Il s’agit d’un niveau sonore maîtrisé, intelligible pour chaque groupe sans obliger personne à hausser le ton. Pour aider les élèves à se repérer, nous préconisons l’établissement de 4 niveaux de voix clairs, souvent joués et mimés en classe pour en saisir la nuance :
- Le silence (réflexion individuelle) ;
- Le chuchotis (échange en binôme) ;
- La voix de travail (vie de l’îlot) ;
- La voix de présentation (prise de parole devant le groupe-classe).
L’enjeu est d’associer chaque activité pédagogique à un niveau attendu : la résolution d’un problème complexe appelle le silence, tandis qu’un débat mouvant autorise la voix de présentation.
Rendre le bruit visible
Parce que le niveau sonore est une notion abstraite pour un enfant/ jeune, il est essentiel de le rendre physique et visible. Plusieurs outils sont à disposition de l’enseignant tels que le feux tricolores ou de sonomètres en ligne (type « Bouncy Balls » ou « Classroomscreen »), mais un outil se démarque pour le travail en groupe : le « Tétra Bruit ». Cet objet pédagogique issu de l’impression 3D permet à chaque îlot de signaler son état sonore et son besoin d’aide. C’est un excellent support d’auto-régulation : en un coup d’œil, l’enseignant et les élèves visualisent si le groupe est dans la « zone grise » (travail efficace) ou s’il doit baisser d’un ton.


Bouncy ball : https://bouncy-balls.org/fr
Classeroomscreen: https://classroomscreen.com
Installer des routines de régulation et de responsabilisation
La gestion du bruit ne s’improvise pas, elle se ritualise. Dès le lancement d’une activité en groupe, il est crucial de poser le cadre : consigne, durée, et signal de repli.
Pour aller plus loin, nous encourageons la co-construction d’une charte « bruit et travail » avec les élèves. En attribuant des rôles tournants (responsable du sonomètre, gardien du temps, médiateur du volume), l’élève ne subit plus la contrainte du silence, il devient acteur de la qualité de son environnement de travail.
L’aménagement de l’espace : le troisième enseignant
Enfin, le « bon bruit » dépend de l’environnement. Une organisation spatiale fluide, avec des îlots stables et, si possible, des matériaux absorbants (patins de chaises, tapis), limite la réverbération. En réduisant la fatigue auditive, on permet aux élèves de maintenir des échanges centrés sur la tâche, évitant ainsi les débordements liés à l’agacement sonore.

